L’Examen de la Vision chez l’Enfant

Diem Trang Nguyen - Strabisme Paris

Dr Diem-Trang Nguyen

Une étape clé pour bien voir grandir

L’évaluation de la vision chez l’enfant est l’une des tâches les plus importantes de l’ophtalmologiste pédiatrique.
Contrairement à l’adulte, l’enfant est en pleine phase de maturation visuelle : son cerveau apprend à utiliser ses yeux, à coordonner les images et à construire la perception de l’espace.
Pendant ces premières années de vie, la vision est extrêmement malléable. C’est pourquoi un examen systématique et rigoureux est essentiel pour détecter toute anomalie le plus tôt possible.
Un trouble non dépisté à temps peut se transformer en amblyopie, c’est-à-dire une baisse durable de la vision d’un œil, même en l’absence de lésion visible.

Dépister tôt pour éviter l’amblyopie

L’amblyopie, souvent appelée “œil paresseux”, est la première cause de malvoyance de l’enfant.
Elle se développe lorsque l’un des deux yeux ne transmet pas d’image nette au cerveau pendant la période où celui-ci apprend à voir.
Cette phase, appelée période critique, s’étend de la naissance jusqu’à environ dix ans, avec une plasticité maximale entre six mois et six ans.

Les causes les plus fréquentes d’amblyopie sont :

  • les troubles de la réfraction (hypermétropie, astigmatisme, anisométropie) ;
  • le strabisme (déviation d’un œil) ;
  • plus rarement, une cause anatomique comme une opacité du cristallin.

Un dépistage vers l’âge de 1 an puis à l’âge de 3 ans permettent d’identifier la plupart des enfants à risque.
Ensuite, un contrôle visuel régulier pendant la croissance scolaire aide à suivre l’évolution, notamment vers l’âge de 6 ans au moment du CP.

La mesure de la réfraction : étape incontournable

La réfraction correspond à la mesure de la puissance optique de l’œil, c’est-à-dire sa capacité à faire converger les rayons lumineux sur la rétine.
Chez l’enfant, cette mesure est complexe, car son cristallin est très “souple” et ajuste constamment la mise au point : c’est ce qu’on appelle l’accommodation.
Si elle n’est pas neutralisée, elle peut masquer un défaut visuel, notamment une hypermétropie.

1. Pourquoi utiliser la cycloplégie ?

Pour obtenir une mesure fiable, l’ophtalmologiste utilise des gouttes cycloplégiques qui bloquent temporairement l’accommodation.
Elles permettent de révéler la correction réelle nécessaire à chaque œil.
Plusieurs produits peuvent être employés selon l’âge et la situation :

  • Cyclopentolate : le plus utilisé, souvent suffisant pour un bilan de routine avec un délai d’action de 45 minutes ;
  • Mydriaticum® : utilisé pour les plus jeunes enfants ou dans certaines conditions particulières ;
  • Atropine : réservée aux cas où la mesure reste douteuse ou chez les enfants à iris foncés, avec une action plus lente (collyre à commencer plusieurs jours avant la consultation) mais complète.

2. Comment se fait la mesure ?

La réfraction est mesurée de manière objective, sans demander à l’enfant de répondre, de façon rapide et précise, via un réfractomètre, qui sera portable chez les enfants de moins de 3 ans ou fixe chez les enfants plus grands;

La cycloplégie  permettent d’obtenir une correction fiable, même avant que l’enfant puisse coopérer activement. Il s’agit de l’étape indispensable à la prescription de lunettes chez les touts petits. 

Mesurer la vision : adapter les tests à l’âge

L’évaluation de la vision (ou acuité visuelle) varie selon la maturité et la capacité de l’enfant à participer.

1. Avant 3 ans : comportement visuel ou dessins

Chez le nourrisson on pourra utiliser des tests simples d’observation du comportement (comme l’occlusion d’un œil) ou un test avec bi-prisme, pour repérer une différence de vision entre les deux yeux. 

Chez le jeune enfant, on pourra essayer de mesurer une acuité visuelle avec l’aide de dessins par appariement : un dessin est projeté sur un écran et l’enfant doit montrer du doigt la même représentation sur une planche à dessins qu’il tient sur ses genoux. 

 

2. Après 3 ans : les optotypes adaptés

Quand l’enfant commence à reconnaître des formes, la mesure devient plus précise :

  • les symboles de Lea, très utilisés en dépistage préscolaire ;
  • le E de Raskin ou le C de Landolt, où l’enfant montre la direction de l’ouverture ;
  • les lettres HOTV pour les enfants scolarisés qui apprennent à lire.

Le test se fait séparément pour chaque œil, en tenant compte de la distance et de la taille des symboles.
Des versions avec barres de contour permettent de mieux détecter certaines formes d’amblyopie.

Vérifier l’alignement des yeux et la vision binoculaire

L’examen de la motricité oculaire permet de s’assurer que les deux yeux travaillent ensemble.
C’est une étape essentielle du dépistage des strabismes, parfois discrets.

Parmi les tests utilisés :

  • le test de Brückner, réalisé à la lumière, compare les reflets dans les deux pupilles (une asymétrie peut révéler un désalignement) ;
  • le test à l’écran (cover test), où l’on cache un œil pour voir si l’autre se déplace, permettant de détecter une déviation manifeste ou latente ;
  • le biprisme de Gracis, utilisé dès le plus jeune âge pour repérer de très petits strabismes.

La vision binoculaire (ou stéréoscopique) est ensuite évaluée à l’aide de tests simples :

  • le test de Lang, sans lunettes, pratique pour les petits enfants ;
  • le test TNO, plus précis, qui mesure la perception du relief.

Ces examens aident à déterminer si les deux yeux coopèrent correctement, condition essentielle pour une bonne perception de la profondeur.

En résumé

L’examen de la vision chez l’enfant est une étape incontournable du développement visuel.
Il doit être réalisé tôt, même en l’absence de plainte apparente, car un enfant ne sait pas toujours signaler qu’il ne voit pas bien.
Grâce à une évaluation adaptée à chaque âge — observation, mesure de la réfraction sous cycloplégie, tests d’acuité visuelle et contrôle de l’alignement des yeux —, l’ophtalmologiste peut détecter précocement les troubles et éviter une amblyopie.

Chaque enfant est différent : la fréquence et la nature du suivi dépendent de son âge, de ses antécédents et de la présence éventuelle d’un strabisme ou d’un trouble de la réfraction.
Un suivi régulier, associé à une bonne communication entre parents, ophtalmologiste et orthoptiste, est la clé pour bâtir une vision solide et équilibrée dès les premières années de vie.

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